Elle avait cours le vendredi.
Une semaine plus tard.
Une semaine. C'est tout ce qui séparait son premier cours collectif du vendredi du soir où elle en a eu besoin. Une seule semaine — et cette femme est vivante aujourd'hui.
Je vais appeler cette femme Claire. Elle avait la quarantaine, un travail, une vie. Elle était venue suivre un cours sur la self-défense en situation de carjacking — comment réagir si quelqu'un bloque votre véhicule, ouvre votre portière, tente de vous immobiliser. Un cours parmi d'autres pour moi. Un cours qui allait tout changer pour elle.
Une semaine plus tard, un soir, un homme a bloqué sa voiture. C'était quelqu'un qu'elle connaissait — quelqu'un qui lui avait fait des avances qu'elle n'avait pas souhaitées. Ce soir-là, il a décidé de ne pas accepter le refus. Il a bloqué sa portière. Il a tenté de l'embrasser de force. Elle ne pouvait pas sortir.
Précisons le rapport de force pour que les choses soient claires : il était grand, costaud, plus grand qu'elle d'une tête et demie. Dans cette voiture, enfermée, face à quelqu'un qui la dominait physiquement de toute sa stature — la réaction normale, celle que le cerveau impose sous terreur, c'est la sidération. Se figer. Disparaître. Attendre que ça passe.
Claire n'a pas été sidérée. Elle a réagi. Action-réaction, exactement comme en cours. Elle a créé sa fenêtre de fuite — et quand il a tenté de bloquer à nouveau la portière pour revenir, elle lui a mis un coup de pied en plein visage. Puis elle est partie.
Il pensait probablement qu'elle ne réagirait pas. Il avait tort.
Claire a reproduit exactement la technique vue en cours. Pas approximativement. Pas en improvisant. Exactement. Le geste, la posture, la fenêtre de fuite. L'homme a terminé à la clinique. Puis face à la police.
Les faits ont été établis officiellement. Claire a témoigné. La réalité de ce qu'elle a subi — et de ce qu'elle a dû faire pour s'en sortir — est documentée, reconnue, incontestable. Ce soir-là, l'adrénaline était à son comble. Elle a quand même fait le job — brillamment. Et je suis profondément fier d'elle.
On entend souvent que "quelques cours ne suffisent pas". C'est vrai dans 99% des cas. Mais cela suppose que le corps n'apprend rien en une séance. Un geste bien enseigné, répété, ancré physiquement — peut rester disponible sous stress extrême. C'est précisément ce sur quoi repose ma méthode depuis 26 ans.
Je vais dire les choses clairement, parce que les euphémismes ne rendent service à personne. Ce soir-là, dans cette voiture, l'intention de cet homme n'était pas de discuter. Claire aurait pu être violée. C'est la réalité que personne ne veut écrire, mais que tout le monde sait.
Un viol ne détruit pas seulement un soir. Il détruit des mois, des années, parfois une vie entière. Il fracture l'identité, la confiance, la relation au corps, à l'autre, à soi-même. Les femmes qui en survivent — et elles survivent, parce qu'elles sont d'une force extraordinaire — portent des cicatrices que personne ne voit. Claire aurait porté ça. À la place, elle s'est défendue. Et cette différence-là, elle est absolue.
Je ne dis pas cela pour dramatiser. Je le dis parce que quand on parle de self-défense, on parle trop souvent de technique et pas assez de ce que la technique évite. Ce qu'elle évite, c'est l'irréparable.
Une agression sexuelle laisse des traces neurologiques profondes — le cerveau se reconfigure autour du traumatisme. La reconstruction prend des années, avec un accompagnement sérieux. Éviter cette blessure-là, c'est éviter des années de souffrance silencieuse. C'est ce que Claire a évité ce soir-là. Pas seulement une agression physique. Tout ce qui aurait suivi.
Au-delà de l'intégrité physique préservée, Claire a gagné quelque chose que personne ne pourra lui reprendre : la preuve concrète que son corps n'est plus une zone de non-droit, mais un territoire qu'elle sait défendre. Cette victoire-là est silencieuse, invisible pour les autres — et absolument fondatrice pour elle.
Souvent, après une agression subie, vient la honte. Le sentiment d'avoir été traversée, souillée, réduite. Ici, parce qu'elle a agi, Claire a transformé en une fraction de seconde un statut de victime potentielle en celui d'actrice de sa propre sécurité. Ce renversement psychologique est aussi important que le geste physique lui-même — peut-être plus. C'est lui qui détermine comment on se réveille le lendemain matin. Comment on se regarde. Comment on reprend sa vie.
C'est pour cela que j'enseigne la self-défense non pas comme un bouclier contre le pire, mais comme un outil de souveraineté pour tous les jours. Le corps qui sait se défendre marche différemment. Parle différemment. Occupe l'espace différemment. Cette transformation-là ne disparaît pas après le cours — elle s'installe, durablement, dans chaque geste ordinaire.
Ce que je dois préciser ici — et c'est essentiel — c'est que Claire n'était pas une simple participante occasionnelle. Elle suivait des cours régulièrement dans mon club. Ce vendredi soir de mars n'était pas son premier contact avec la self-défense : c'était une séance parmi d'autres, dans une progression construite semaine après semaine.
C'est précisément cela qui a fait la différence. On ne convoque pas un réflexe sous adrénaline extrême si on ne l'a répété que deux ou trois fois. Le corps doit avoir mémorisé le geste profondément — dans les muscles, pas seulement dans la tête. C'est ce que les entraînements réguliers construisent, semaine après semaine, sans qu'on s'en rende compte sur le moment.
Cette nuit-là, son corps a su quoi faire parce qu'il avait appris à le faire. L'adrénaline était là — immense, paralysante pour beaucoup. Mais le geste était plus fort que la peur. C'est la seule chose qui compte quand la situation devient réelle.
Ce soir-là, Claire n'était pas une héroïne de film d'action. Elle était une femme terrifiée, dans une voiture, face à quelqu'un qui lui voulait du mal. La différence entre ce soir-là et tous les soirs précédents, c'est qu'elle avait un outil. Pas un seul cours. Des semaines de travail. Et ce soir-là, tout ce travail s'est condensé en quelques secondes décisives.
Ce qui m'a marqué, au-delà du soulagement, c'est la façon dont elle m'a raconté les choses quelques jours après. Elle n'était pas fière d'avoir "gagné". Elle était simplement soulagée d'être en vie. Et déterminée à ce que ça ne recommence jamais.
Je n'ai pas réfléchi. Mon corps a fait ce qu'il savait faire. C'est la seule fois de ma vie où je me suis dit que j'avais pris la bonne décision en venant à ce cours.
Pendant de nombreuses années, j'ai collaboré avec des structures spécialisées dans l'accompagnement des femmes victimes de violence — centres d'aide aux victimes, associations de solidarité, cabinets de psychologues. Ces partenariats m'ont beaucoup appris. Aujourd'hui je travaille seul, avec la même exigence, en m'appuyant sur ce que ces années de terrain m'ont transmis.
Ce que j'apporte, c'est la dimension physique et psychologique du mouvement : redonner au corps la capacité de réagir, reconstruire une relation à l'espace et à sa propre sécurité. Un travail de fond, pas un vernis.
L'histoire de Claire n'est pas un argument de vente. C'est un rappel brutal que la violence conjugale et les agressions ne préviennent pas. Qu'elles peuvent frapper n'importe qui. Et que se préparer n'est pas une question de paranoïa — c'est une question de dignité.
Ce 8 mars 2024, pendant que le monde célébrait les droits des femmes, une femme se défendait seule dans une voiture. Elle s'en est sortie. Pas par chance. Par préparation.
— Serge Kurschat
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